Page 8 - C'est la Faute aux Oiseaux
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Préambule
Qui es-tu toi qui vole vers le bout de ta route ? Je suis un vieil enfant, comme sont les plus heureux
d’entre mes frères les hommes.
J’ai toujours ressenti l’aviation comme une vocation, comme une passion envahissante, absolu-
ment inextinguible.
Tout ce qui vole me passionne depuis que j’ai pris conscience d’exister : Le vol lourd d’une oie
domestique au ras du sol, le vol ramé ou plané des oiseaux très divers, des coléoptères ou des
archiptères. Un grand-père paternel très savant me dira, dès mes origines, le nom exact de tout
ce qui nous entoure.
Une maladie commence généralement par l’irruption dans l’organisme d’un microbe ou d’un
virus, véhiculé d’une quelconque manière, puis se développant en terrain favorable. Le processus
me paraît être du même genre au départ d’une grande passion.
Mes microbes à moi furent deux Américains véhiculés par un avion Caudron G.3.
J’avais alors quatre ans, la Grande Guerre approchait de son terme. Le G.3 venait de l’aérodrome
d’Angers-Avrillé, il y serait retourné sans me concerner en rien si son Rhône rotatif n’avait sou-
dain cessé ses rotations.
De toutes mes petites jambes j’ai couru à perdre haleine, au bas du parc de La Genaudière l’avion
jaune était posé dans un chaume. Enfin, j’en voyais un autrement que dans le miroitement du soleil !
Hamilton et Chatterton étaient bardés de cuir, les grandes lunettes de vol relevées sur le front bien
pris dans un serre-tête, hilares tous les deux ! Sans en avoir conscience je découvrais les joies de
la fameuse panne de château.
Au château, ils sont restés une bonne semaine.
Mes nouveaux amis m’avaient juré qu’ils me feraient voler dès qu’on aurait remplacé ce fichu
moulin. Ils auraient tenu parole j’en demeure aujourd’hui encore absolument certain. Mais, en
fonçant une fois de plus vers l’avion avec mon petit vélo, j’ai loupé un virage et je me suis cassé
une jambe. Certes, je me suis rompu bien des os depuis lors mais jamais avec un pareil regret. Le
plâtre, la chaise longue, la déconfiture intégrale.
Ils sont descendus plus bas que les marronniers pour passer en virage serré devant ma fenêtre, bras
levés dans le vent : Dieu les bénisse ! Du coup, j’avais le microbe une fois pour toutes… et ma
jambe était quasiment guérie. Longtemps, ils m’ont envoyé d’Amérique des boites de chocolats
à Christmas pour se faire pardonner de m’avoir laissé tomber.
Depuis ce temps lointain je n’ai jamais cessé de roder autour des champs d’aviation, des ter-
rains d’aviation, des aérodromes, des ports aériens ou des aéroports et cela continue toujours
aujourd’hui, bien entendu.
À dix-sept ans, ayant beaucoup lu sur le sujet, je savais tous des avions depuis Clément Ader, les
frères Orville et Wilburg Wright… et même, bien avant avec Léonard de Vinci et tous les autres.
Je savais tout des moteurs, des hélices… et même des motoréacteurs : nuit et jour je pilotais dans
ma tête !
Je suivais les merveilleuses tentatives de Costes et Le Brix, de Marcel Doret, de Costes et Bel-
lonte et de tant d’autres. J’ai passé bien des nuits blanches à l’écoute difficile du Poste militaire
de la tour Eiffel dans l’attente anxieuse de leurs nouvelles. En ces années-là, l’aviation française
était très performante mais les coups durs ne nous épargnaient pas, je ressentis la destruction du
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